Un certain regard ...

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PROPOS SUR L'ART


INTERVIEW DE CHRISTINE SOURGINS PAR LE ROUGE ET LE NOIR

Historienne de l’art et auteur des Mirages de l’art contemporainChristine Sourgins a bien voulu répondre aux questions du Rouge & Le Noir   (http://www.lerougeetlenoir.org/ )    dans le cadre de notre controverse sur l’art contemporain.

 

R&N : Qu’est-ce que l’art contemporain ?

Christine Sourgins : Le terme “art contemporain” est piégé : il n’est pas l’art de tous nos contemporains mais seulement d’une partie de l’art d’aujourd’hui qui se prétend la totalité de l’art vivant. Ce label désigne en fait l’esthétique dominante, qui règne dans les médias, sur le grand marché de l’art ou au Ministère de la culture qui l’a promu art officiel. Nous vivons donc, ce que le grand public ignore, avec deux définitions de l’Art, irréductibles l‘une à l‘autre. La première nous est traditionnelle, spontanée, la beauté y est centrale. L’autre a été inventée par Duchamp vers 1913 avec les ready-made comme la roue de bicyclette ou le célèbre urinoir : un objet détourné de sa fonction utilitaire devient œuvre d’art par la volonté de l’artiste. A partir de là on décrète plutôt qu’on ne crée. Le travail des formes, celui de la « main pensante » devient secondaire : l’artiste est d’abord un intellectuel « qui crée une pensée nouvelle » pour cet objet qu’il s’approprie. Ce qui compte, ce n’est plus l’objet exposé mais le projet qui est derrière… l’art devient « conceptuel » ou conceptualisant », c’est l’art dit contemporain que je préfère nommer AC pour sortir de toute ambiguïté.

 

R&N : L’art contemporain s’est-il affranchi du Beau ?

Christine Sourgins : Oui, dans la mesure où la Beauté n’est plus son point de visée, où elle est même souvent disqualifiée voire haïe comme séduction primaire, vain jeu formel, opium réservée à la consommation, car ce qui compte dans l’AC, c’est le concept, l’idée, l’intention. Mais la Beauté peut encore être utilisée par l’AC si elle permet de tendre un piège au regardeur. Il faut toujours se rappeler l’aveu de Koons : « l’art est la faculté de manipuler les gens ». Ainsi le Piss Christ de Serrano est une jolie photo avec une belle lumière orangée étoilée de petites bulles. Tout cela à l’air sympathique mais le cartel de l’œuvre donne sa composition : un crucifix plongé dans de l’urine… « Professeur suicide » est une œuvre vidéo où l’on entend la belle musique de Haydn contrainte d‘exalter le suicide expliqué, ou plutôt banalisé, auprès d’un public enfantin…etc.

 

R&N : Plug Anal place Vendôme, Vagin de la Reine à Versailles, Expo pédo-porno à Marseille. On a l’impression que l’art contemporain cherche la polémique pour exister. Est-ce le cas ?

Christine Sourgins : Oui, la provocation fait partie de l’ADN de l’AC car à partir du moment où celui-ci refuse l’exaltation que procure la Beauté qu’il a bien fallu la remplacer par autre chose. Ce produit de remplacement c’est la transgression qui enivre de délices les uns et étrangle d’indignation les autres. La polémique qui en résulte est nécessaire à la construction de la valeur financière de l’AC. C’est pourquoi une « bonne » œuvre d’AC doit faire réagir car cela déclenche l’intervention des médias qui lui donne de la visibilité, comme à l’artiste, au collectionneur qui la possède, à la Galerie qui la promeut, au théoricien qui commente etc. Cette visibilité sera convertie en un prix faramineux lors d’une prochaine vente aux enchères.

 

R&N : Toute provocation devient-elle désormais une“"œuvre d’art” contemporaine ?

Christine Sourgins : Dans mon livre « Les mirages de l’Art contemporain », j’ai défini l’AC comme « une transgression de l’art devenu un art de la transgression » . … Il y a toujours eu un peu de transgression ou du scandale dans l’art mais pas autant qu’on voudrait nous le faire croire : transgression et scandale sont loin d’être les marqueurs de la qualité d’une œuvre. Ainsi, le retable de l’Agneau mystique de Van Eyck est reconnu d’emblée comme chef d’œuvre, sans passer par la case scandale ou transgression. Le problème, avec l’AC, est que nous n’avons pas une œuvre d’art plus une transgression ou d’un scandale chargé d’attirer l’attention sur elle mais c’est le scandale ou la transgression qui, à eux seuls ou principalement, prétendent au statut d’œuvre d’art ! Comme cette œuvre qui consiste en un simple crochet de suspension…cette autre qui propose de payer un artiste pour cesser de créer etc. L’œuvre d’AC peut être vide, éphémère, dégoutante, elle n’est que prétexte à perturber, semer le trouble, inquiéter, ce qui devient, traduit en termes d’AC : « interroger son temps », « faire réfléchir le public » etc. Je n’ai rien contre des activités conceptuelles qui seraient une vraie contestation, une subversion fondée ; au lieu de cela, nous assistons à des œuvres qui participent à ce qu’elles dénoncent (comme cet artiste qui a fait creuser des trous en plein soleil à des clandestins, avec pour discours :« j’exploite ceux qui sont exploités pour dénoncer l’exploitation » ). Mais attention,toute provocation (et cela va loin, jusqu’à la cuisine de fœtus humain par des artistes chinois) ne sera de l’AC qui si, et seulement si, un réseau d’AC la promeut, tout seul vous ne pouvez rien.

 

R&N : « Il vaut mieux s’adresser à des hommes de génie sans la foi qu’à des croyants sans talent » déclarait le père Couturier. Que pensez-vous de l’approche de l’Église face à l’art contemporain ?

Christine Sourgins : Le bon sens serait de tenter de s’adresser à des artistes qui ont et la foi et le génie. Mais encore faut-il faire l’effort de les chercher, de les aider : s’en remettre aux gloires du moment peut être une paresse. En tout cas, la phrase de Couturier était jouable dans une société qui avait encore de beaux restes chrétiens. Mais aujourd’hui ? Les actuels « génies » sont cooptés par des réseaux financiers ! L’Église, après l’époque du père Couturier, a perdu le contact avec l’art ; quand elle a voulu renouer avec lui, elle s’est trouvée face à l’AC mais elle se croit toujours au bon temps de l’Art moderne, quand Matisse à la question « croyez-vous en Dieu » répondait « Oui, quand je peins ! ». L’Église n’a pas perçu le schisme duchampien, les pratiques conceptuelles. Beaucoup de chrétiens sont d’une indécrottable naïveté, ils se refusent (par bonté d’âme, croient-ils) à imaginer qu’on puisse les manipuler : un Pape Jean-Paul II écrasé par une météorite (autant dire que, dans cette œuvre de Cattelan, le Ciel désavoue le souverain-pontife) devient pour eux le signe d’une délicate attention de l’AC à leur égard (inutile de dire qu’en face, on rigole !). Ces chrétiens, qui ont la larme à l’œil et les bras ouverts pour accueillir tout et n’importe quoi (en lieu et place de ce que leur demande le Christ : témoigner de leur foi et pas des divagations des autres) ont oublié que s’il y a des erreurs par excès de fermeture, il y en a tout autant par excès d’ouverture. Leur attitude, s’aligner sur le courant dominant pour montrer qu’on est « moderne », rejoint aussi le confort intellectuel …mais c’est ainsi que le christianisme perd son sel…Aude de Kerros a décortiqué tous ces enjeux dans son livre « Sacré Art contemporain ».

 

R&N : L’art contemporain est-il élitiste ? Comment expliquer la fracture entre le milieu artistique et le peuple ?

Christine Sourgins : Il ne s’agit pas d’une opposition entre une élite cultivée et un peuple ignare. En réalité, ces jouets pour milliardaires que sont les œuvres d’AC sont achetés par de nouveaux riches très peu cultivés : s’il y a élite, c’est uniquement une élite financière. Le peuple n’est pas ignare mais simplement attaché à la définition première de l’Art, centrée sur la Beauté. Mais comme nous sommes (où nous devrions être) en démocratie cette élite là a besoin d’une caution populaire. D’où de multiples stratégies pour imposer l’AC partout, dans le patrimoine, les écoles (artistes en résidence etc). Car, en France, le contribuable paye une bonne partie du système….

R&N : Quels sont les liens entre art contemporain et finance ?

Christine Sourgins : L’art d’essence duchampienne est une spéculation intellectuelle qui a débouché sur une spéculation financière. On comprend pourquoi : une œuvre conceptuelle n’a souvent pas de valeur (esthétique) interne, elle est donc libre pour recevoir la valeur financière que le réseau a décidé qu’elle ait. En plus certaines « installations » ou « performances » sont éphémères ou démontables, tout cela franchit les frontières sous forme de protocole ou de mode d’emploi, donc se mondialise facilement. L’AC peut fonctionner comme une planche à billets au sein de l’élite financière dominante ; il peut servir à des opérations de blanchiment, à payer de discrets pots de vin, à défiscaliser etc. Collectionner l’AC à haut niveau, c’est entrer dans un club fermé, avoir l’occasion de rencontrer, lors de foires d’AC ou de vernissages, le gratin économique.L’AC est aussi un lieu de convivialité où l’on peut, entre soi, faire des affaires…D’où l’adjectif « arty » qui qualifie ce style de vie, entre « art » et « sexy »…

 

R&N : Comment critiquer l’art contemporain sans être immédiatement classé comme fasciste, réactionnaire, passéiste ou coincé ?

Christine Sourgins : Il faut agir sans acrimonie, avec réflexion et arguments, une pointe d’humour est bienvenue : s’énerver, injurier ne sert à rien bien, bien au contraire. L’AC attend ce genre de réaction bilieuse pour se présenter en martyr des obscurantistes. L’aspect financier est en général un argument qui porte en ces temps de crise financière. Que le contribuable soit contraint de financer un seul courant d’art, dans la plus parfaite négation de la diversité culturelle et dans une opacité totale, paraît impensable dans une démocratie. Et pourtant, notre bureaucratie culturelle se permet de disposer de l’argent du contribuable sans dire qui décide d’acheter quoi, à qui, par quels intermédiaires, et à quel prix…Les étiquettes de « fachos » « réacs » qui volent à la moindre critique contre l’AC prouvent que ses tenants n’ont pas beaucoup d’arguments pour chercher ainsi à disqualifier leurs contradicteurs. Il me semble que le public s’en aperçoit de plus en plus.



R&N : Que pensez-vous du dirigisme culturel français ?

Christine Sourgins : Il a exclu du marché de l’art et même (pour l’instant) de l’histoire de l’Art, une grande partie des artistes français qui sont pourtant bel et bien nos contemporains, eux aussi. Mais comme ils ne sont pas contemporains dans la lignée conceptualo-duchampienne, ceux qui œuvrent encore en cherchant et le sens et le Beau, avec un pinceau ou un burin, tous ceux-là se retrouvent dans les oubliettes, au RSA. Mélangés (et donc discrédités) avec les amateurs avec qui ils sont contraints de partager les maigres circuits de monstration. L’ État, c’est une particularité française, au lieu d’être garant d’un pluralisme, se mêle de tout, il a même inventé des « inspecteurs à la création artistique » et, sous couvert d’action publique, favorise des intérêts ou des réseaux particuliers : le fonctionnaire s’est allié au spéculateur …

 


17/02/2016
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L’art contemporain : une imposture mondiale, un monopole français… Aude de kerros

Article passé sur : http://www.kernews.com/lart-contemporain-une-imposture-mondiale-un-monopole-francais/2718/

 

 

Kernews : Vous commencez votre livre en rappelant que lors de la crise financière et la faillite de Lehman Brothers, tout s’est effondré, sauf l’art contemporain. Ainsi, vous estimez que ce n’est pas de l’art, mais un placement purement financier…

Aude de Kerros : Quand cette affaire intervient en 2008, l’art contemporain a déjà plus de 50 ans, puisque c’est une notion qui apparaît en 1960, pas sous ce nom, et c’est une autre définition de l’art qui surgit tout d’un coup : la définition conceptuelle, celle de Marcel Duchamp. Bien avant la guerre de 14, vous avez une quantité de courants artistiques, qui sont soit classiques, libres, d’avant-garde ou assez politisés, jusqu’aux années 60. Vous avez le courant abstrait, surréaliste, dada, fantastique ou le néoclassicisme… Tous ces courants apportent des choses nouvelles et, vers 1960, pour des raisons complexes, notamment l’usage politique de l’art et de la culture, parce que nous sommes en pleine guerre froide, il y a un courant qui s’impose institutionnellement et financièrement à New York. C’est le courant conceptuel, qui est en rupture totale avec l’Art moderne. Ce n’est plus de l’art, ce n’est plus esthétique. On ne juge plus sur un plan esthétique, mais uniquement sous l’aspect du concept.

Donc, l’art contemporain n’est pas de l’Art moderne. Mais pourquoi n’est-ce pas de l’art ?

Ce n’est pas de l’Art moderne et ce n’est pas de l’art, parce que ce n’est pas un langage esthétique qui prédomine dont le but serait l’accomplissement de ce langage esthétique. L’art, c’est au-delà des mots, c’est un langage particulier, c’est quelque chose qui dit autre chose et d’une autre façon que les mots. Or, le conceptualisme est un courant qui passe d’abord par les mots, et les formes sont un accessoire. On va parler d’une nouvelle avant-garde pendant quelques années, mais, en 1975, pour des raisons politiques, on va appeler art contemporain ce courant conceptuel. De cette façon, tout ce qui ne sera pas conceptuel ne sera plus contemporain. C’est-à-dire que tous les autres courants qui existent encore vont être accusés d’être anachroniques, à l’envers de l’histoire, populistes, fascistes ou de l’ordre de l’artisanat ou de l’art du dimanche… 80% des artistes sont donc complètement déconsidérés. Dans tous les pays du monde, il y avait deux univers : le monde de l’art contemporain, qui est un monde financier et institutionnel, et le monde de l’art qui avait son marché propre. On vivait à côté, sans se gêner. Ce n’était pas le même public, ni le même métier. Seulement, il s’est passé quelque chose de grave en France. Il y a eu une organisation de la direction de l’art au ministère de la Culture par plusieurs grandes institutions et, à ce moment-là, on a installé un art officiel qui est l’art contemporain. Tous les autres courants étant considérés comme complètement dépassés ou non contemporains. C’est le seul pays où cela s’est produit et c’est très grave ! On a stérilisé la place de Paris, qui était pourtant le lieu où les gens du monde entier venaient. Il y avait un public pour tous les courants, il y avait la possibilité d’être consacré, parce qu’il y avait des critiques d’art et de l’intérêt pour cela. Quelqu’un qui arrivait du Japon ou de Chine pouvait être visible. Depuis 1870, l’État s’était retiré de toutes les commissions et de toute influence dans les milieux artistiques, en demandant aux artistes d’être responsables d’eux-mêmes : «On vous offre un Grand Palais pour faire des salons et des expositions, mais nous ne nous mêlerons pas de choisir les artistes qui entreront». Or, dans notre système actuel en France, ce sont des fonctionnaires inspecteurs de la création qui distribuent des subventions, organisent les grands événements, disent ce qui est de l’art ou non, désignent les bons et se permettent aussi de désigner les méchants, en disant que ce sont des gens abominables.

Finalement, vous dénoncez, non pas l’art contemporain, mais l’étatisation de l’art en France…

Exactement. L’art contemporain est fait pour remplir d’autres missions que celles traditionnellement attribuées à l’art. J’explique que ce produit a d’abord évolué de décennie en décennie et, après la chute du mur de Berlin, la globalisation et l’hégémonie américaine, vous avez aussi une globalisation financière et l’art contemporain devient un système et une organisation financière à la fin des années 90. Il est même façonné de façon à devenir un produit financier composite et sécurisé. La valeur se crée artificiellement par un réseau qui décide de la valeur. Ce réseau est solidaire, c’est une entente et un trust. Un certain nombre de très grandes fortunes s’entendent sur le prix à donner à un objet. Le très haut marché, c’est-à-dire les œuvres au-dessus d’un million, est un marché totalement sécurisé puisqu’il est fondé sur un accord qui n’est pas public entre les personnes. En dessous, sur la partie moyenne qui n’arrive pas au million, il y a une spéculation dangereuse : si l’on achète, il faut revendre impérativement au plus vite, parce que le dernier qui ne pourra pas vendre va se retrouver avec une ardoise… C’est la fabrication d’une pyramide de Ponzi contrôlée et gérée. C’est une intelligence qui me fascine, parce que c’est quelque chose qui se fabrique tous les jours un peu mieux, le système se perfectionne à l’infini. Il y a évidemment des sacrifiés dans l’histoire, mais les plus hauts investisseurs dans cette histoire ne font jamais rien seuls, mais en réseau, parce qu’il ne faut jamais collectionner de l’art contemporain seul. L’art contemporain a pu survivre à la crise de 2008, parce qu’il s’est encore amélioré, et il est allé davantage vers un sens monétaire. C’est devenu une liquidité internationale puisque dans la globalisation, un certain nombre de gens font circuler de l’argent de poche sans que les douanes, les banques ou le fisc y mettent le nez…

Couverture Aude de KerosVous évoquez aussi cet art contemporain qui joue un rôle unificateur de l’humanité en conférant à chacun une place égale : chacun donne son avis, tout le monde a raison, tout le monde est artiste… N’est-ce pas aussi dans l’air du temps, où tout le monde est tout : on est écrivain quand on a un blog, cinéaste quand on publie une vidéo sur YouTube, chroniqueur ou éditorialiste quand on émet un avis à la télévision ou sur Internet sur les restaurateurs, les architectes, les décorateurs… Il n’y a plus de hiérarchisation avec des gens qui détiendraient le savoir au-dessus des autres…

Cette idée de hiérarchie est combattue depuis la guerre. C’est même un travail de fond qui a été mené, consistant à donner à chaque personne l’illusion qu’elle a le pouvoir. On a inventé un système politique qui ferait souffrir le moins possible les personnes qui sont obligées d’obéir. On est soumis sans le savoir. Le narcissisme de chaque personne est protégé par un monde d’illusions qui rend la vie plus heureuse que lorsque l’on voit la réalité. Cela dit, un système de ce genre qui évite de souffrir a un inconvénient : c’est qu’il n’est pas vrai ! Peut-on vivre en dehors de la réalité et dans le mensonge ? On ne peut être libre soi-même que si l’on peut choisir et parce que l’on a compris où étaient les possibilités. Tous les jours, les gens sentent que c’est un monde qui s’écroule et qui ressemble beaucoup à l’utopie d’Aldous Huxley. Il y a deux utopies qui expliquent le XXe siècle : celle d’Orwell qui raconte le système soviétique, avec une dictature, et puis Huxley qui présente un mode soft et doux de la dictature. C’est cette dictature que nous vivons tous les jours.

Ce système va-t-il céder ? Vous racontez qu’il s’est déjà effondré après la chute du mur de Berlin et que nous sommes donc dans la période du deuxième art contemporain…

Le premier art contemporain a connu une crise en même temps que la crise boursière. Dans les années 80, il y a eu une immense spéculation individuelle, qui n’était pas faite en réseau, donc il n’y avait pas de possibilité de se rattraper. Quand la bourse est tombée, tout l’art contemporain est tombé aussi, mais pas seulement, c’est l’art dans son ensemble. Dans les années 80, vous aviez deux marchés différents, celui de l’art et celui de l’art contemporain, et les deux fonctionnaient. C’est pour cette raison que je dis que les deux arts peuvent coexister, parce que ce n’est pas le même monde et ce n’est pas la même chose.

Vous dénoncez également cette disparition des mots et du vocabulaire, avec une classification simplifiée, par exemple à travers le terme de peinture, tout ceci pour faciliter ce grand mouvement où tout le monde fait tout et n’importe quoi…

C’est toujours le maintien de l’illusion ! Mais il y a des bons côtés à cela. Aujourd’hui, on prend un crayon et on n’a plus aucun complexe. Il y a un côté thérapeutique de l’art que beaucoup de gens qui ont des ennuis dans leur vie pratiquent. C’est une bonne chose que ce soit accessible au plus grand nombre. Simplement, il ne faut pas que cela empêche ceux qui ont du génie ou un grand talent d’apparaître… Avant, quelqu’un qui avait la passion du dessin pouvait commencer à se former et il pouvait trouver des maîtres. Aujourd’hui, c’est plus difficile. Il faut trouver quelqu’un qui sait pour vous apprendre, car c’est en apprenant que l’on fait des progrès. Aujourd’hui, on trouve difficilement des maîtres et l’on ne se rend même pas compte que l’on peut progresser et se dépasser. On fait cela uniquement pour s’exprimer, en pensant que cela intéressera tout le monde, ce qui est malheureusement faux. Quand ce genre de choses arrive, c’est la fin de la civilisation.

Enfin, la France est dans une situation particulière dans le monde, puisque c’est l’État qui gère l’art et aucune place n’est laissée à d’autres formes d’expression…

C’est un modèle unique au monde qui fait qu’aucun artiste français n’est connu dans le monde, même contemporain, alors que l’État bichonne les artistes contemporains dès la naissance en s’occupant de leurs études et de leurs expositions ! Il y a une pépinière de jeunes artistes contemporains qui sont bichonnés par le ministère et les autres artistes n’existent pas : ils sont obligés d’aller à l’étranger pour avoir des galeries qui les défendent. Je ne dis pas que les galeries françaises ne défendent pas les artistes, pas du tout. Mais elles ont une telle concurrence de l’État, avec tous les médias absorbés par ce système, qu’ils n’ont plus de visibilité. Les artistes qui ne sont pas dans l’art contemporain sont invisibles en France. En France, on nous a enlevé les lieux de consécration, qui sont entre les mains de l’État, et donc la visibilité. Les galeries ne peuvent plus aider les artistes à se faire connaître en raison de la concurrence déloyale de l’État. Ce qui est surprenant, c’est que les élites françaises ignorent totalement que l’État français a pris le pouvoir artistique et culturel il y a 30 ans…


21/12/2015
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211215 Propos sur l’art contemporain

211215 Propos sur  l’art contemporain

 

Lire pour mieux s'éclairer :    http://www.kernews.com/lart-contemporain-une-imposture-mondiale-un-monopole-francais/2718/

 

 

Suite à l’écoute de la vidéo dont ci-joint le lien ci-dessous j’ai eu envie d’écrire mon point de vue, il vaut ce qu’il vaut,  mais au moins le débat est ouvert.

https://www.youtube.com/watch?v=MazCnEDHkB8&feature=share

 

 

 

«CES GENS LA» et les « LE PSEUDO ARTISTE »  

L'article et la vidéo m'ont inspiré le texte ci-dessous.

 

 Eric-Emmanuel  Chmidt dit tout haut un courant de pensées qui est entrain de se faire entendre alors que jusque là tout se pensait mais n’osait se dire ;  certaines personnes le pensent depuis très longtemps et d’autres, «CES GENS LA» n'osent rien dire par peur de passer pour des ignares, ou parce-que ils ne savent même pas se faire leur propre opinion.    « CES GENS LA »  s'extasient devant les soi-disant  « œuvres d'art », devant des artistes qui n’en sont pas, sans rien comprendre de ce qu’ils font, mais ils font comme les moutons et   suivent le groupe. On  dit à «CES GENS LA»  que cet artiste est formidable et ils y vont. Ils payent pour voir des taches, des fils qui pendent, des pots de confiture attachés à une toile éventrée, des ordures exposés, des gens qui se mettent en spectacle, des gens qui ne savent ni dessiner, ni peindre, ni tenir un crayon et pire ni être acteur de leur œuvre, qui font faire à des artisans, des artistes eux,  de l’ombre.  Je pourrais citer des noms mais bon à vous de les découvrir !!!

 

 Nous sommes  dans une société ou  des « moutons »  admirent des « pseudo-artistes ».

 Etre artiste est un métier, une vocation, une formation, une recherche, du travail, une évolution, une implication, un engagement, ce n’est pas un spectacle comme ça l’est devenu maintenant, qui a besoin  du verbe pour se justifier !!! On est passé d’un métier d’artiste à un  spectacle de bonimenteur. Et plus vous ête « timbré », marginal, drogué, fou, asocial, riche, faignant,  incapable, inculte, plus vous avez des chances de vous faire reconnaître en tant qu’artiste !!

 

« CES GENS LA » qui vont voir  tout ce qu’on leur présente, il suffit d’aller à la FIAC, et ils y vont de bon cœur,  ne connaissent même pas l’histoire de l’art,  ni la technique picturale, ils ne savent pas reconnaître une huile, d’une tempéra, d’une aquarelle, d’un pastel, etc....  Les galeristes, l’ETAT et ses administrations culturelles,  aussi sont là pour leur faire accepter n’importe quoi !!

 « CES GENS LA » acceptent tout ce qu’un leur dit et admirent n’importe quoi. Ils sont heureux de parler des artistes visuels qu’ils ont découvert, et surtout pas des artistes peintre car c’est ringard et ça ne veut plus rien dire. Non surtout pas, non, «CES GENS LA»  préfèrent  les  « artistes tout cour » et mieux encore, ceux qui font des performances, choquent, font  du nouveau en mélangeant les genres, pas le beau,  surtout pas, pas  la qualité, surtout pas, il faut être contemporain et surprendre!!!! Pas besoin non plus de créer il suffit désormais de « copier-coller » un autre artiste, ou plusieurs en les mélangeant  et  c’est bon.

 « CES GENS LA » sont  persuadés que les grands artistes sont ceux  qui ont une « cour » avec eux,  autour d’eux,  des gens  riches, connus dans le monde de l’art, de la politique, du cinéma,  de la TV.  « On » parle d’eux,  donc ce sont les meilleurs. Ils sont dans les musées dont ce sont les meilleurs. Ils sont dans les galeries prestigieuses de la rue de Seine à Paris, donc ce sont les meilleurs.  Ils vont les voir, font des listes d’attentes interminables, sous la pluie, même de nuit (si si ça existe !! )  pour les admirer. Ils payent pour cela, ca ne rapporte pas à l’artiste mais cela ce  n’est pas important. Il y en a qui s’en mette plein les poches grâce à ça, ils font venir  « CES GENS LA » à grand coup de pub, ils font tout pour que la tirelire se remplisse quitte à présenter n’importe quoi puisque   « CES GENS LA » gobent n’importe quoi.

 

 «CES GENS LA» se montrent aux expositions,  parce que ça fait bien, parce qu'ils applaudissent un discours, toujours le même qui honore l’artiste sans  expliquer son travail. Et puis il y a  le maire ou son représentant (qui n’oublie pas de se faire photographier pour être dans le journal, et qui s’en va après la photo), le directeur de la galerie qui espère vendre , vendre, vendre, ( bon d’accord il a déjà rempli sa caisse en faisant payer son local à l’artiste, en espérant prélever 50% sur ses ventes et en lui faisant payer le vernissage), il y a  le journaliste qui va demander à l‘artiste de faire les photos et de lui faire un topo pour son article  (d’où il ne changera pas une seule phrase mais où il ajoutera son nom de journaliste), il y a  le copain du coin qui va faire les photos ( qui se prend pour un photographe et espère trouver des contrats), il y a  l’historien d’art, parfois faux si, si, j’ai déjà vu cela,  mais il est là qui fera un article aussi sur le net ou si il peut dans le journal des  galeries  !!!  

 

 «CES GENS LA» admirent l’artiste dont ils ne connaissent pas le travail. Ils sont à tous les vernissages. Ils se montrent, se photographient si possible avec l’artiste, se promènent  la bouche pleine, une  coupe de champagne à la main en quête d’une personne intéressante. Ils n’y vont pas pour connaître l’artiste ou pour savoir ce qu’il fait, et surtout pas pour acheter, mais bien pour passer une bonne soirée, rencontrer des gens, draguer, ne pas rester seul, parler de l’art sous forme très générale,  parce que à la maison ils s’ennuient à mourir et puis il faut faire comme tout le monde.

«CES GENS LA» font le marché de l’art et l’histoire de l’art, dupe de ce qu’on leur présente et de ce qu’on leur fait avaler, fier d’être participant, d’être dans le coup, d’avoir pu se montrer. Et puis il faut dire que, avoir été à l’expo, ça c’est super génial  !!!

 

  « LE PSEUDO ARTISTE »  lui, je parle de celui qui profite du système,  qui n’a jamais touché un pinceau, qui n’a aucune formation artistique,  mais qui du jour au lendemain se fait artiste parce que après tout se dit ‘il « pourquoi pas moi » ( j’en connais !!).  Il ne sait  rien de la peinture,  ni les bases, ni les techniques,  ni pourquoi il peint,  sinon qu’il est un « artiste », ça fait bien.  En plus il se dit autodidacte, parce que c’est mieux maintenant d’être autodidacte que de dire que vous avez fait des études artistiques !!  Et le pire de tous c’est celui qui vous dit  « moi je fais de l’abstrait parce que je n’aime pas le figuratif ».  Celui là ne lui demandez même pas de vous dessiner un œuf !!!

  « LE PSEUDO ARTISTE » a plusieurs cordes à son arc.  Il est remplie de fric, peut se payer une galerie, connaît du monde, fait des courbettes à un tel qui peut l’aider, à un autre qui peut lui faire de la pub et le tour est joué, il devient un artiste reconnu à coup de pub  et de vernissage bien arrosé. Il faut qu’il sache manier le verbe et le geste. Il a un sourire 18 carats. Il doit avoir une âme de comédien et donc parler beaucoup pour expliquer ce que l’œuvre est incapable de montrer d’elle-même. Il  fait des sourires, parle de sa créativité, et surtout explique que ce qu’il fait  est secret au cas où quelqu’un voudrait le copier.

 

« LE PSEUDO ARTISTE »  peut aussi sortir de la rue, être un pauvre drogué, un fou, un illuminé, un marginal, un dépravé,  l’amant d’un député ( si si ça excite je vous jure !!). Il ne sait pas encore qu’il est artiste mais une personne va se charger de lui prouver  surtout s’il lui reste peu de temps à vivre, ce qui va faire le bonheur de cette personne, en l’occurrence, un MECENE ou un GALERISTE !!!

  

Soit « LE PSEUDO ARTISTE »  s’est saigné pour exposer et il accepte pour tenter de percer, que la galerie  lui prenne tout son fric pour l’accrochage et le vernissage en sachant très bien qu’il ne vendra pas une de ses œuvres. Il tente le tout pour le tout.  Ce n’est pas gagné d’avance pour lui !!!

 

 Soit « LE PSEUDO ARTISTE »   est un  artiste « infiltré »  par  «l' argent » ou par des relations,  qui connait le « beau monde » ou les gens à fric;  il compte sur les relations et ça peut marcher, il a plus de chance que les autres.

 

Mais, heureusement, je connais plein d’artistes plein de talent et de gens qui les reconnaissent dans  le silence de leurs ateliers. Des artistes qui connaissent leur métier, qui bossent bien, car être peintre ce n’est pas jouer dans une cours de récréation, c’est un état d’esprit, c’est une formation, c’est un métier, c’est une vocation,  c’est un besoin.

 un jeu de récréation, c'est un long apprentissage, c'est un  engagement, c'est une recherche et un besoin; c'est ce qu'on appelait avant,  une vocation, un don, une passion .....

 

Et tous ces mots se sont les miens et peut être,  pas les vôtres, j’ouvre le débat !!! 

 

 


21/12/2015
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L'art du XXème siècle vu pas Eric Emmanuel Scmitt (interview)

PAROLES D’ERIC EMMANUEL SCHMITT

https://www.youtube.com/watch?v=3gnc5vfYDz8

Interview à Eric-Emmanuel Schmitt, écrivain et metteur en scène, réalisée pendant le Festivaletteratura 2007 à Mantoua par Luciano Minerva dans la Galleria darte Corraini.

 

J’aime tellement l’art que je n’aime pas les impostures artistiques et je trouve que notre époque à vraiment fait écho  à beaucoup trop d’impostures.

C’est à dire que le propre de l’art du siècle précédant  du XXème  siècle c’est qu’il y a eu cette idée que l’art progressait et que chaque génération inventait quelque chose d’autre. Il n’y a  que des enfants rebelles dans toute l’histoire du XXème siècle. A chaque fois le fils tue le père, tue la génération précédente alors que  pendant  des siècles l’art était une transmission, c’était des fils qui aimaient leur père.

Donc l’art du XXème  siècle, se manifestant par des ruptures, a donné beaucoup de place aux discours,  aux concepts,  beaucoup trop de place aux discours et  aux concepts.

Certains artistes ne sont en fait que des idéologues, ou des philosophes qui ont un discours sur l’art plus qu’une œuvre.

Le XXème siècle a  inventait l’artiste sans œuvre,  l’artiste qui ne fait rien de ses mains qui expose simplement un urinoir dans un musée ou qui fait un événement, un happening, dans un musée. Le XXème  siècle a apporté beaucoup,  mais plus au discours sur l’art, à la philosophie de l’art, à la théorie sur l’art, qu’à l’art peut être  lui-même. Donc ça a ouvert la porte ce travail sur « ce qu’est une œuvre d’art »,  à mon avis, à beaucoup d’impostures, aux publicistes, aux provocateurs,  aux gens qui sont plus  bruyants en paroles qu’en acte et donc à de faux artistes.  Je crois qu’il n’a jamais été aussi facile d’être un faux artiste,  d’être un escroc, qu’au siècle  que nous venons de vivre.

Dans le passé c’était difficile  d’être un faux artiste car  il fallait apprendre à  peindre ou à sculpter et   au XXème siècle certains  se sont mis  à faire du bruit plutôt que des œuvre c’est vraie en peinture, c’est vraie en dessin, c’est vraie en sculpture, c’est vraie aussi  en musique.

Moi je suis passionné par  la musique et dans les années 80 j’étais  étudiant à Paris, j’allais écouter les concerts de musique contemporaine et suivre les cours de Pierre Boulez  que je connais bien maintenant d’ailleurs à  l’IRCAM. Et  bien il y avait  les programmes souvent de ces œuvres, les programmes avec les commentaires sur  la réflexion, sur la syntaxe musicale,  le rythme, l’harmonie.  Le programme était plus intéressant que l’œuvre.  Le commentaire avait pris le pas sur l’œuvre et ça, ça me parait être une autre  façon de faire mourir l’art,  quand le commentaire est plus important que l’œuvre, ou quand le commentaire est plus intéressant  que l’œuvre ou quand l’œuvre ne peut pas se passer du commentaire pour être intéressante.

Donc c’est  mon amour de l’art qui me fait dénoncer les simulacres artistiques et les gens qui font du bruit c'est-à-dire qui prennent la parole sur l’art au lieu de présenter des œuvres.

 


08/04/2014
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